• clairemontabone

Le "Bonheur" existe-t'il ? Nécessité ou injonction ?

Mis à jour : févr. 2

Est-ce que le bonheur existe vraiment ? Et s'il existe, comment peut-on l'atteindre ? Etre heureux est-il une nécessité vitale ? Ou une injonction de la société ?

"Qui a envie d'être heureux ?" pourrai-je demander à un auditoire de milliers de personnes. Je suis certaine que toutes les mains se lèveraient pour attester de ce désir commun. Etre heureux, tout le monde voudrait l'être sans trop savoir comment ni pourquoi et ce que cela signifie...


Qu'est-ce que le Bonheur ?

"Le bonheur ne se cherche pas : on le rencontre. Il n'est que de savoir le reconnaître et de pouvoir l'accueillir. Bernard Grasset

J'aime beaucoup cette citation. Existe t'il une seule définition du bonheur pour tout le monde ? Evidemment je ne pense pas. Ou alors il existe une définition bien personnelle à chacun, selon ses aspirations, ses besoins propres et son histoire de vie. Bref, autant laisser tomber l'idée de débattre sur une éventuelle définition. Quoique beaucoup de citations d'auteurs en donnent et sont très intéressantes. Je vous laisse le soin de les découvrir et les faire vôtres quand elle vous touchent.

En revanche, dans celle-ci le bonheur semble être comme une chose simple, à côté de laquelle on peut passer sans la voir. Il s'agit d'ouvrir les yeux (en quelques sortes) et d'ouvrir son coeur à cette expérience. Comme un ami qu'on accueille à sa porte et qu'on fait rentrer chez soi.

Le bonheur se s'impose pas de soi-même mais ne se cherche pas au bout du monde non plus. Il est intérieur, il est déjà là, il demande à ce que nous changions de regard et que nous le laissions entrer dans notre vie.

Est-ce si facile à faire ?


Etre heureux, une injonction actuelle ?

... le bonheur se trouve dans l'avoir, le bien-être personnel et durable, l'accomplissement de soi.

Ah ! le bonheur... Si nous avions trouvé sa recette il n'existerait pas autant de propositions, de ventes de solutions miracles ou de méthodes en tout genre pour l'atteindre. N'avez-vous pas remarqué à quel point le bonheur est omniprésent dans les publicités ? Le "coaching du bonheur" a même fait son entrée sur le marché des prestations sensées vous obtenir les moyens d'être heureux. Les thérapies de toutes sortes se bousculent pour proposer leur service d'accès au bonheur... bref. On a l'embarras du choix dans notre société occidentale.

A ce stade, vous l'aurez compris, je pense qu'on peut parler "d'injonction au bonheur" dans un contexte où sa vente, sa commercialisation est affichée de toute part et que les promesses de la plupart des grandes marques sont axées sur lui. Mais que nous dit cette injonction ?

Que pour être heureux, il faut être beau/belle, intelligent(e), riche, connu(e) ou reconnu(e), avoir une famille épanouie, être en couple, être épanoui(e) soi-même dans toutes les dimensions de sa vie, faire du yoga, avoir de nombreux amis, faire des voyages, avoir une maison, un chien et une super voiture... La liste est longue. Que le bonheur se trouve dans l'avoir, le bien-être personnel et durable, l'accomplissement de soi.

Pourtant, dans toutes ces injonctions, on vous donne le comment (à vous de choisir parmi cette liste) mais jamais le POURQUOI. Pour quelle raison faudrait-il être heureux ? En vue de quoi ? Dans quel but ? Quel sens a le bonheur aujourd'hui, dans un monde disparate ou tous les êtres humains n'ont pas accès aux mêmes possibilités matérielles, de santé, d'instruction et même de survie parfois ?

Est-ce que ce bonheur là, promis par tant de marques et professionnels, ne serait pas vain et futile ?

Le bonheur est-il centré sur moi ? Sur ma personne ? Ou bien est-ce qu'il se vit en relation avec les autres ? Qu'est-ce qui fait la qualité de mon bonheur ?


Le bonheur dépend-il de moi ou des autres ?


"Il en faut peu pour être heureux..." Disney

Beaucoup de courants de pensées philosophiques, de courants de psychologie comme la Psychologie Positive, de pratiques thérapeutiques vous diront que le bonheur dépend de vous, de votre décision. J'y crois en partie.

Je m'explique. Lorsque nous naissons et durant notre tendre enfance (plus ou moins tendre, on est d'accord, selon les vécus), notre "bonheur" dépend totalement de l'attitude de ceux qui prennent soin de nous au quotidien, qui nous protègent et nous élèvent. Que nous le voulions ou non, ils ont eu cette responsabilité de répondre à nos besoins et de soulager nos mal-êtres. Selon la façon dont ils l'ont fait, selon la justesse de leur réponse à nos besoins, selon la qualité d'attachement affectif qu'ils ont permis, nous nous sommes construit avec une représentation du monde et du bonheur basée sur cette première période de vie ô combien "déterminante".

Par la suite, à l'âge adolescent et plus tard à l'âge adulte, nous commençons à prendre du recul par rapport à nos relations, à notre passé, à notre environnement. Nous faisons alors des choix qui nous sont propres et nous tentons d'accéder à une autonomie et une indépendance vis-à-vis de ces mêmes personnes dont nous étions "dépendant" en tant qu'enfant. Tout naturellement. Nous parvenons à cette autonomie qui n'empêche pas d'avoir besoin d'autrui et de relations saines pour continuer à évoluer et à se réaliser pleinement. Nous n'existons jamais tout seul. Nous sommes des êtres sociaux, je ne vous apprend rien.


Il est donc normal de passer d'une existence dépendante à une autonomie de l'adulte qui sait qu'il a besoin de relations et qui est capable de subvenir à ses propres besoin est à ceux d'autrui tout en demandant de l'aide pour ce qu'il ne peut réaliser seul. Ensuite il est normal de constater une perte d'autonomie avec l'âge et d'avoir de plus en plus besoin d'aide pour subvenir à nos besoins. A ce stade, nous pouvons constater qu'à certains moment de notre vie, notre "bonheur" ne peut pas dépendre complètement de nous.

En revanche, dans la vieillesse ou nous retrouvons une certaine dépendance à autrui au quotidien, nous pouvons expérimenter que la façon dont nous vivons et accueillons les événements de notre vie, va jouer sur notre ressenti heureux ou malheureux.

Est-ce seulement le cas dans la vieillesse : bien sûr la réponse est non. En fait, la façon dont nous accueillons les événements heureux et malheureux et la qualité de notre relation à autrui détermine en grande partie la façon dont nous allons vivre heureux et rebondir en cas de problème.


Etre heureux ça s'apprend ? Est-ce un service rendu à l'humanité ?


Qui peut vraiment dire qu'il se sent exister ? Qu'il se sent vivant ? Qu'il goûte la vie et une sérénité profonde même lorsqu'il est seul ?

Etre heureux s'apprend mais c'est aussi inné. Je m'explique. Nous naissons avec un potentiel de bonheur en nous, car nous sommes fait pour grandir, nous développer, suivre les voies qui nous donnent du plaisir et du bien-être et vivre en harmonie avec nous-même et avec les autres. Le capital de départ est donné. On a tout pour être heureux car on en a les capacités. Ce n'est pas une question de condition physique, même les personnes en situation de handicap peuvent être heureuses. Heureusement !

Là où cela se complique, c'est que nous avons besoin de l'exemple d'autrui pour nous développer. Nous grandissons en interaction. Nous nous sentons exister dans la mesure où l'on fait attention à nous dans notre petite enfance. Si jamais cette croissance se passe dans un climat de stress, de tensions, de menace ou de fatigue/douleur physique par exemple, nous devons d'abord gérer ces tensions là (en mode survie en quelque sorte) avant de pouvoir "profiter de la vie". Si cela arrive précocement dans notre vie, alors notre expérience du monde se réduit à cette expérience de survie. Elle fonde alors la croyance que "la vie est dure", "il faut se battre", "on n'a rien sans rien", "il faut faire des efforts" etc.

Vous me suivez ?


Connaissez-vous le biais de confirmation* ? Nous avons cette fâcheuse tendance à l'utiliser pour confirmer nos propres croyances, inconsciemment dès notre enfance.

L'adolescent n'y échappe pas. En pleine période de crise d'adolescence sensée nous "libérer" et nous "détacher" de nos parents et figures d'attachement, les croyances bien encrées, elles, ne nous quittent pas à coup de "Je t'emmerde" et de portes qui claquent. Elles ont la vie dure.

On croit encore qu'il s'agit plus de survivre que de vivre. La passivité adolescente est une sorte de réponse à cette vie trop dure qui ne fait par rêver. Comment trouver la motivation quand la vie n'a pas été joyeuse et simple avant ?

Et pour se débarrasser de telles croyances qui nous accompagnent dans l'âge adulte, il faut du temps. Pour apprendre à ne plus seulement survivre mais aussi profiter de la vie, lorsque les dangers sont passés, il est nécessaire de se faire accompagner. S'arrêter un instant dans sa vie, cesser de courir les solutions miracles sensées régler les problèmes rapidement et sans vrais changements profonds.

Qui peut vraiment dire qu'il se sent exister ? Qu'il se sent vivant ? Qu'il goûte la vie et une sérénité profonde même lorsqu'il est seul ?

Ceux qui s'autorisent au bonheur, ceux qui choisissent de découvrir leur nature humaine avec ses hauts et ses bas sans la fuir, ceux qui acceptent de se regarder en face et de s'avouer lorsqu'ils ne sont pas vraiment heureux, ceux qui regardent leur vie telle qu'elle est sans échappatoire, rendent un grand service à l'humanité : montrer aux autres le chemin. Ils gouteront une vieillesse apaisée et transmettront cette force de vie qui est en eux !



* Biais de confirmation : nous croyons ce que nous voulons voir. Source : https://www.universite-paris-saclay.fr/sites/default/files/media/2020-02/biais-de-confirmation-atelier-jip.pdf

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